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Des destins exceptionnels
Nous en connaissons tous. Il n'est pas une personne sur cette planète qui n'ait un jour entendu prononcer le nom d'Einstein. Oh bien sûr, Einstein n'est pas le seul, il y en a bien d'autres, des destins exceptionnels. Il suffit de feuilleter n'importe quelle encyclopédie, à l'index des noms propres. Mais ceux-là font partie des Grands, je dirais même des Très Grands. On en parlera jusqu'à ce que l'apocalypse réduise à néant notre civilisation et nos souvenirs.
Il existe aussi des Petits Destins Exceptionnels. Dans mon entourage il en existe même trois. 1. Manu. Il s'agit d'un ami de longue date. Nous nous sommes rencontrés en 6ème; lui était passionné par les mathématiques et jouissait d'une intelligence rarissime; de mon côté j'aimais lire et écrire, et mes résultats dans les matières autre que littéraires s'avéraient catastrophiques. Manu est exceptionnel dans la mesure où aucune matière scolaire n'a jamais eu raison de lui. Malgré son manque d'enthousiasme pour tel ou tel matière, il a toujours maintenu la barre de ses moyennes au-dessus de 15 (en revanche il était nul en sport). Je me suis toujours demandé si ses résultats étaient dus à sa mémoire infaillible ou à une intelligence hors du commun. La seconde hypothèse était la bonne. Manu est à proprement parler un surdoué. N'importe quel métier lui était accessible. Il a choisi les mathématiques. Et il fera un sacré bon mathématicien.
2. Paulette. A 77 ans, Paulette conserve une lucidité et une vivacité d'esprit admirables. Je l'ai connu par l'intermédiaire d'une autre amie de longue date, quand j'avais 14 ou 15 ans. A cette époque j'étais en proie au tourment (ça n'a pas vraiment changé), je me posais beaucoup de questions (ça n'a pas vraiment changé non plus) et j'avais des difficultés à m'adapter aux autres (de ce côté là ça va un peu mieux). J'avais un cercle d'amis privilégiés avec qui j'entretenais des rapports intimes. Ma vision du monde était sombre, j'avais tendance à m'enfermer dans ma tour d'ivoire. Dès que je rencontrais les problèmes, j'adoptais la pratique de l'escargot qui consiste à se retirer dans sa coquille. Grâce à notre rencontre et à nos nombreux échanges, Paulette m'a " transmis" un peu de sa lucidité. Elle a joué un rôle de grand-mère pour moi, enfant qui n'a jamais eu la chance d'entretenir des rapports avec ses grands-parents. Je me suis découvert des capacités de réflexion que je sous-estimais chez moi. Il suffit parfois d'une rencontre pour éveiller notre lucidité.
3. Adrien. Si Manu est exceptionnel par son intelligence et Paulette par sa lucidité, Adrien, lui, l'est pas son engagement et son implication. A 18 ans il a bien plus d'ambition et de détermination que je n'en avais à son âge (bon, d'accord, on n'a que deux ans de différence, mais quand même…). Nous nous sommes rencontrés lors d'une cure thermale au Mont-Dore. Il était grand, menu, et parlait avec un accent qui a eu le don de m'arracher un sourire. De mon côté, mes excentricités m'avaient valu d'une part la sympathie de mes camarades, d'autre part la méfiance des directeurs (à cause d'une vieille histoire que je n'ai pas envie d'approfondir ici). Adrien devait avoir 15 ans, c'était un garçon cultivé, avec des prédispositions pour les débats (quoiqu'un peu susceptible). Il me semble que la soirée s'est clôturée sur une ou deux parties d'échecs. Nous nous sommes bien entendus malgré nos différences : lui était un fervent catholique, moi un fervent athée. Nous étions tous deux déterminés sur bien des sujets, chacun avec ses propres arguments. Nous restions cependant ouverts à la discussion. Et je suis heureux qu'on se soit rencontrés...
Un mot à propos de l'imagination. Qu'Adrien ait pour thèmes de prédilection les menaces extraterrestres et les complots gouvernementaux, je m'en moque comme de ma première chemise. Il s'y connaît, c'est tout ce qui compte. Il a fondé une intrigue autour de ses thèmes, et son histoire est bien ficelée. Dans ses extraits il amène des rebondissements avec une certaine habileté (peut-être ne se rend-il même pas compte de cette habileté). Peut-être son texte mérite-t-il une ou deux retouches (faites-moi confiance, il y travaille grâce aux critiques constructives qui lui sont dispensées) mais l'histoire est agréable à lire, et on a envie de connaître la suite. En lisant les biographies et autobiographies de certains auteurs, je me suis rendu compte que bon nombre de journalistes posent une question innocente mais gourde : d'où vous viennent les idées ? Harlan Ellison répond paraît-il : "De Schenectady. Il y a là-bas une usine à idées. Je suis abonné, alors tous les mois ils m'en envoient une." Les idées me viennent n'importe quand, dans n'importe quelle situation. Quand je dors (dans un rêve), quand je mange, quand je me brosse les dents, quand je me douche, quand je regarde la télé, quand je lis, quand je suis assis à un arrêt de bus, quand je roule en mobylette, quand je marche dans la rue, quand j'observe quelqu'un ou quelque chose, quand je discute avec un ami libraire, quand je dépose une pêche, … Oui, n'importe quand. Le tout est de savoir que c'est une idée. En général je la note dans un coin de ma mémoire jusqu'à ce que je trouve un papier et un stylo. Puis quand je me retrouve face à mon ordinateur, j'ouvre le fichier "Boîtes à idées.doc" et je l'ajoute à la liste. Quand j'ai fini une nouvelle je consulte ma liste, je choisis l'idée qui me paraît la plus captivante (ou bien l'idée qui peut être exploitée sans trop de difficultés) et j'écris. Au début je n'avais pas la moindre idée de la façon dont mes histoires allaient se finir. Je trouvais une chute après coup. Désormais je connais la fin, je dois simplement trouver la façon d'y arriver. Je laisse reposer mon texte quelques semaines, je poursuis mon train-train quotidien, je me consacre à autre chose. Puis j'apporte les modifications nécessaires au texte. Je l'envoie ensuite à mon lecteur-test. Voilà ma façon de transformer une idée en histoire. L'idée elle-même peut prendre différentes formes. Il peut s'agir d'un sujet dont j'ai envie de parler, d'un titre ou d'un thème qui m'ont inspiré. Il est rare que j'écrive pour décharger mes sentiments. Une fois on m'a dit que si j'étais en colère, il fallait que je m'asseye devant mon ordinateur et que j'écrive. Cette thérapie est sans nul doute efficace pour certaines personnes, mais moi elle ne m'apporte aucun apaisement. On m'a demandé aussi comment je me mettais en condition pour écrire. Est-ce que je faisais un rituel particulier, est-ce que j'attendais d'être dans un certain état d'esprit ? Oui, bien entendu. J'attends d'avoir envie d'écrire. Et pour ce qui est du rituel, je branche mon ordinateur portable car j'ai peur que la batterie me lâche en cours de route. C'est à peu près tout...
Un mot à propos de l'écriture. En ce qui me concerne j'écris depuis l'âge de neuf ans. J'ai déjà gagné deux concours de nouvelles (le second indirectement, mais je ne préfère pas m'étendre sur le sujet pour l'instant), j'ai déjà publié des articles dans le journal du collège, un article dans Centre Presse dans le cadre d'une activité au baccalauréat, un ami écrivain publie certaines de mes réflexions dans un bulletin semestriel, et on m'a récemment proposé d'écrire pour le fanzine d'un bar du coin. A mon actif j'ai quelques nouvelles, quelques pensées, beaucoup d'idées et d'imagination, et de plus en plus d'ambition. Si j'ai parlé plus haut des destins exceptionnels, ce n'est pas sans raison : pour créer une œuvre, il faut un minimum de lucidité, un minimum d'intelligence (disons plutôt de cohérence), un minimum d'imagination et… de l'ambition, comme Adrien. Ce sont à mon avis les ingrédients principaux. On a souvent répété que l'écriture est un exercice solitaire. On est seul face à sa feuille, sa machine à écrire ou son écran d'ordinateur. Pis que tout l'écriture est personnelle, subjective. Il est difficile de jeter un regard objectif sur son travail, même en ayant laissé une histoire reposer deux ou trois mois. Le meilleur moyen pour voir si son travail est crédible et intéressant, c'est d'avoir des opinions extérieures. Un ou des lecteur(s) favori(s). Un lecteur-test qui vous dise clairement ce qu'il pense de votre travail, sans hypocrisie, sans avoir le souci de ne pas vous vexer. C'est difficile de recevoir un jugement négatif, même si c'est indispensable et enrichissant (quoique les critiques plaisantes ne soient pas de refus…). Pour les écrivains en herbe comme moi qui aimeraient persévérer, Bernard Werber dispense des conseils profitables sur son site officiel. Lisez également les biographies et autobiographies d'auteurs divers, ne serait-ce que pour savoir comme d'autres s'y sont pris. Pensez aux ateliers d'écriture, ils suscitent l'échange et constituent un apport enrichissant. Internet offre aussi des possibilités. Adrien a édité ce site afin de se faire connaître, de faire connaître son travail. On peut juger certains de ses dires quelque peu orgueilleux, mais ça fait partie intégrante de sa personnalité. Tout comme moi il abhorre la " fausse modestie". Comme il me l'a dit lui-même : " Je suis fier et fier de l'être". Pour les quelques lourdauds qui penseraient qu'Adrien m'a supplié de dire du bien de lui ou qui plaisanteraient en prétendant qu'il m'a soudoyé pour écrire ceci, je réponds : non, pas du tout. C'est moi qui lui ai proposé d'écrire un avant-propos. Je lui en ai même donné les raisons : j'aime étaler mon écriture partout où j'en ai la possibilité, et c'était une occasion pour le soutenir. On pourra prétendre que j'ai fait ceci par amitié ou par pur intérêt personnel. C'est exact aussi. Peut-être même plus par intérêt personnel que par amitié. J'ai donné à Adrien mes impressions sur ses extraits, il les a prises en compte. Si les visiteurs s'attendent à ce que les extraits soient dignes des Très Grands Romanciers classiques, alors ils seront déçus. De même que s'ils lisaient mes nouvelles, ils les jugeraient bonnes pour quelques retouches. C'est sans doute vrai, et c'est la raison d'être numéro un de ce site (la raison numéro deux étant le désir de se faire connaître). J'espère que nous pourrons tous échanger quelques mots sur un forum ou un autre, et pourquoi pas utiliser l'humour et l'amour de l'écriture pour exprimer nos convictions. Il y a déjà bien trop de haine de par le monde, inutile d'en rajouter une couche. Pour les visiteurs enclins aux critiques virulentes et superflues, voici une petite citation d'un auteur dont j'ignore le nom : "Le chroniqueur est comme l'eunuque au harem. Il observe et peut critiquer la technique, mais sans pouvoir s'y adonner lui-même." Et pour les conservateurs écervelés qui s'attendent à trouver des réincarnations d'auteurs célèbres qui les ont marqué dans leur enfance, je vous prie de bien vouloir recevoir mes plus profondes obscénités. Merci d'avoir lu mon avant-propos. Ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture… A bientôt les amis,
Thomas Julien
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